Nik Bärtsch Mobile

Piano zen, minimaliste et hypnotique

L’un des tout premiers disques de ce pianiste à l’univers très singulier s’intitulait « Ritual Groove Music », et lorsqu’on pénètre dans la musique de Nik Bärtsch, c’est effectivement l’impression que l’on peut en recevoir. Celle d’être pris, en tant que spectateur, dans un rite énigmatique porté par la répétition des cycles rythmiques et le phénomène de transe envoutante qui lui est associé. Inspiré par le zen, le pianiste suisse développe, à la tête d’un groupe qui joue comme un seul homme, en un geste kaléidoscopique parfaitement maitrisé, une musique en apesanteur, au minimalisme subtil et aux effets hypnotiques, dont le nom, « Mobile », résume bien le pouvoir de fascination. Une expérience sonore rare.

Avec : 

  • Nik Bärtsch (piano)

  • Sha (clarinette basse)

  • Kaspar Rast (batterie)

Édito

Construire une programmation est une responsabilité au regard des innombrables musiciens qui ont fait le choix de s’engager dans une carrière artistique. Qui retenir ? Qui sélectionner dans un champ aussi vaste que celui du jazz, face à une telle profusion ? Tout d’abord, tenter d’offrir un échantillon de talents remarquables, dans toutes les directions que le jazz peut prendre de nos jours, en France comme ailleurs, de ceux qui sont fidèles à une vision respectueuse de sa tradition jusqu’à ceux qui l’empruntent pour mieux tenter d’en élargir le périmètre esthétique. On en trouvera un éventail représentatif parmi les artistes qui prennent part à cette nouvelle saison de Sorano Jazz. Ensuite, s’accorder sur un dénominateur commun : celui de faire entendre une voix originale, quelqu’un qui sache, sur son instrument, développer un discours personnel, quelle que soit sa démarche esthétique. Car au fond, dans le jazz — et c’est une de ses grandes lignes de force de sa modernité — peu importe que la forme soit savante ou simple, que le propos soit avant-gardiste ou classique, ce qui réunit musicien et spectateur est avant tout une forme de sincérité et d’authenticité du geste créatif. Une singularité qui ne s’explique pas nécessairement mais qui, par la combinaison d’une invention et d’une expression, nous donne la conviction d’être face à un artiste qui a la capacité de nous faire entendre quelque chose de différent, d’intègre, de profond et d’émouvant. Pas un des musiciens programmés cette année n’échappe à cette règle ; c’est du moins ma conviction. Que vous la partagiez à l’issue de cette nouvelle série serait la plus belle des récompenses.

Vincent Bessières

Un aperçu en vidéo

En partenariat avec